Vie en Grèce

Vie en Grèce

23/12/2013 : Le nouveau quotidien.

Dernière balade avant le retour en France pour les vacances de Noël.

Toujours ou presque la même chose. De plus en plus de sana abris dans dans la rue, de plus en plus de mendiants avec des pancartes « j'ai faim ».

Le nouveau quotidien s'installe, la chasse au bois continue, les marchands de poelles à bois font fortune, c'est la ruée sur les tapis et les marchands de tapis font des tas de promotions. Les magasins de luxe ou grands magasins sont bien chauffés. Les chauffages électriques d'appoint se vendent bien et sont utilisés de façon parcimonieuse comme chauffage principal. D'autres magasins ne sont pas chauffés et il n'est pas rare de voir les gens travailler avec un anorak.

 

Les particuliers ne se chauffent plus beaucoup, on n'est plus beaucoup invité à boire un coup chez les gens mais plutôt dans un café (ils sont tous chauffés). J'ai vu des appartements dont la température intérieure est de 14, 15, 16 ou 17°C. Les gens sont habillés chez eux comme au ski ! Quand tu es invité chez quelqu'un, il allume le chauffage en ton honneur et l’éteint après ton départ.

 

Les frais de santé deviennent une tuile. J'en ai parlé dans un article précédent, ici c'est une personne qui a des problèmes de dents. Le devis est de 6000€, les revenus nuls ! Comme disent les grecs : « Que peut-on y faire ! ».

 

Mais il n'y a pas que les mendiants qui ont faim. En plus du problème de chauffage, la faim touche les enfants dans les écoles et les familles ordinaires. En plus des impôts classiques dont nous avons déjà parlé, il y a pour la deuxième année les impôts sur le patrimoine et il est courant de se voir demander 3000€ pour la maison familiale dont on a hérité.

Vu la situation, de plus en plus de grecs partent à l'étranger ou retournent à la campagne : moins de frais, meilleure vie, production personnelle etc …

 

Apparemment l'eau dort tranquille et il ne faut, dit un proverbe, ne pas déranger l'eau qui dort.

C'est ce que ne semble pas faire le gouvernement actuel.

 

Plusieurs événements politiques viennent de raviver la situation.

1 Le gouvernement supprime les aides et aventages qu'avaient les familles de trois enfants et elles se retrouvent fortement taxées.

 

2 Possibilité offerte par le gouvernement de payer ces impôts de fin d'année tellement lourd en cinq mensualités. Ils sont à payer avec la facture d'électricité de DEH (prononciation déhi) équivallent de l'EDF.

Comme en France, il y a des fournisseurs d'électricité indépendants. A ceux qui ont souscrit un contrat en dehors de DEH, cette dernière exige le paiement intégral des impôts, refusant le bénéfice des 5 mensualités. Beaucoup refusent ce chantage et menacent de ne pas payer.

 

 

2 Ce même DEH veut augmenter ses tarifs de 47%. C'est en ce moment une levée de bouclier contre ce projet. Le président de DEH, attaqué de toute part, a défendu à la télévision la justesse de cette augmentation. Le gouvernement semble acquiescer.

 

3 Beaucoup de gens veulent attaquer l'état. De nombreux recours sont faits.

Un tribunal (je en sais pas lequel) a décrété l'illégalité des impôts sur la facture d'électricité.

 

4 L’université de Macédoine à Thessalonique a été occupée par les étudiants inquiets pour leur avenir. Cette sage université l'avait déjà été l'an dernier vers la même époque. Ils ont de drôles de préoccupations ces jeunes ! Évidemment, on pense que Syriza est derrière ! S'il y a un fauteur de trouble, c'est bien lui.

 

Grand suspense ! Dans la formulation du tribunal subséquemment ambiguë, personne ne sais s'il faut comprendre que ces impôts sont illégaux ou que c'est le fait qu'ils soient collectés par DEH qui est illégal.

Beaucoup de discussions en vue ! De grands débats à la télévision.

Pour finir, c'est le Conseil Constitutionnel qui a tranché le 19/12 : tout est légal ! Lui qui d'habitude met beaucoup de temps à statuer et qui n'a pas encore statué sur la légalité des mémorandums précédents, s'est empressé de prendre une décision. Serait-ce une justice à deux vitesses ou une justice bâillonnée ? Peu importe, c'est de toute manière une drôle de justice !

 

 

Tout cela fait que l'exaspération est à son comble. Les gens crient dans toutes les administrations leur désespoir, leur incompréhension et leur colère.

L'eau qui dort se trouve au sommet d'un volcan et ce dernier est prêt à se réveiller.

 

Beaucoup de discussions tournent autour d'éventuelles élections (la coalition gouvernementale a une majorité sur un fil (150 députés sur 300 et certains marque de plus en plus un désaccord avec leurs organisations). Plus aucune confiance dans les partis signataires allant de la pseudo droite (ND, Nouvelle Démocratie) à la pseudo gauche (DIMAR, Gauche Démocratique) en passant par le pseudo centre (PASOK, Parti dit Socialiste).

Le système électoral n'est pas très représentatif d'un système démocratique et les grecs se sentent sous la dictature de la troïka. La refondation de Syriza (gauche radicale), la propagande contre cette organisation font qu'elle semble moins prisée. Elle reste encore énigmatique.

A partir de là un certain nombre de personnes sont prêtent à tenter l'aventure des néo-nazis. Leur arguments sont :

 

Sous la dictature des colonels, les choses étaient parfaitement lisibles : la sécurité était assurée, le voleur était condamné, les salaires étaient assurés, les gens qui ne se mêlaient de rien vivaient normalement.

Sous cette dictature plus rien n'est lisible, l'arbitraire touche tout le monde. Dictature pour dictature, alors pourquoi ne pas tenter une autre dictature qui assurerait un certain ordre ? D'autant que les néo-nazis au parlement font peau neuve, attaquent très vertement la coalition actuelle et font du travail social dans la société civile.

 

Si on leur dit que la dictature des colonels s'est instaurée dans un bain de sang, qu'il y a eu des assassinats et des relégations dans les îles, ils répondent que cette dictature tue à petit feu les grecs, si ce n'est pas par des balles, c'est d'une façon plus « soft ».

Cette formation risque de monter en puissance en cas d'élections.

D'autres disent : « Qu'avons-nous à perdre avec Syriza ? » Au pire nous rentrons dans une dictature communiste, nous sommes déjà en dictature ! Et si l'on quitte l'Euro, on peut rester intégrés à l'Europe comme l’Angleterre.

D'autres mettent leur espoir dans la réélection de B. Obama et pensent que la reprise de l'économie américaine passe par la stabilisation de l'Europe. Ils espèrent que Barack va faire pression sur elle pour régler les problèmes des dettes. Rêve ou réalité ?

 

Attendons les élections s'il y en a bientôt.

 



26/12/2012
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